Les prix du gaz britannique atteignent un sommet de trois ans avant l’hiver

Les prix du gaz britannique atteignent un sommet de trois ans avant l’hiver

Les prix de gros du gaz au Royaume-Uni ont atteint leur plus haut niveau depuis trois ans, alors que les niveaux exceptionnellement faibles des stocks de gaz en Europe et les perturbations persistantes sur les marchés énergétiques mondiaux accentuent les inquiétudes à l’approche de l’hiver. Le marché britannique a fortement progressé parallèlement à l’indice néerlandais TTF, référence européenne, alors que les acteurs du marché redoutent que la faiblesse des stocks, la forte concurrence pour le gaz naturel liquéfié (GNL) et les tensions géopolitiques exposent les consommateurs à de nouvelles hausses de prix.

Pourquoi les prix du gaz britannique ont-ils atteint leur plus haut niveau en trois ans ?

Les prix de gros du gaz au Royaume-Uni ont atteint des niveaux jamais vus depuis 2023, les opérateurs anticipant un resserrement de l’offre en Europe. Le marché britannique NBP (National Balancing Point) a fortement progressé parallèlement aux prix européens, reflétant les inquiétudes concernant la disponibilité du gaz pendant l’hiver prochain.

Cette hausse est importante car le gaz reste au cœur du système énergétique britannique. Il est largement utilisé pour le chauffage des logements et continue de jouer un rôle majeur dans la production d’électricité. Une hausse durable des prix de gros peut donc finir par se répercuter sur les factures énergétiques des ménages et les coûts des entreprises.

Les prix de référence européens ont également fortement augmenté. Le prix du gaz néerlandais TTF a dépassé 75 euros par mégawattheure mercredi, atteignant son niveau le plus élevé depuis le début de 2023 dans un contexte de nouvelles inquiétudes concernant l’approvisionnement énergétique.

Même si les prix actuels restent très inférieurs aux niveaux extraordinaires observés pendant la crise énergétique de 2022, le dernier mouvement de hausse ravive les inquiétudes concernant la vulnérabilité des marchés énergétiques européens face aux chocs d’approvisionnement.

À quel niveau se trouvent les réserves européennes de gaz ?

Les stocks européens de gaz restent exceptionnellement faibles pour cette période de l’année. À la fin du mois d’août, les installations de stockage de l’Union européenne étaient remplies à environ 63 %, soit leur niveau le plus bas à cette période depuis 13 ans et nettement inférieur à la moyenne saisonnière.

Cette situation s’est développée après que l’hiver précédent a fortement réduit les stocks, tandis que leur reconstitution au cours des mois suivants a progressé plus lentement que prévu. Une demande estivale élevée, les perturbations des approvisionnements en GNL et la concurrence des acheteurs asiatiques ont rendu plus difficile le remplissage rapide des réserves européennes.

Le cabinet de conseil Wood Mackenzie a averti que les stocks européens pourraient rester inférieurs à 70 % avant l’hiver si les pressions actuelles se poursuivent. L’entreprise a également souligné les risques liés à la faiblesse des nouvelles capacités de production de GNL et à une hausse de la demande asiatique.

Cette situation laisse aux gouvernements, aux entreprises énergétiques et aux négociants une marge de sécurité plus réduite face à un hiver froid ou à une interruption imprévue des importations.

Pourquoi le Royaume-Uni est-il particulièrement exposé à la faiblesse des stocks de gaz ?

Le Royaume-Uni est davantage exposé que plusieurs autres pays européens en raison de sa capacité relativement limitée de stockage du gaz. La Grande-Bretagne ne peut donc pas s’appuyer sur d’importantes réserves souterraines dans la même mesure que des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou la France.

Le pays dépend plutôt d’un ensemble de sources comprenant la production nationale, les importations par gazoduc et les cargaisons de GNL. Les importations en provenance de Norvège ainsi que les livraisons de GNL, notamment depuis les États-Unis et d’autres producteurs internationaux, jouent un rôle important dans l’équilibre de l’approvisionnement britannique.

Cette situation ne signifie pas nécessairement que le Royaume-Uni risque de manquer de gaz. Le marché énergétique britannique est relié à celui des pays voisins, ce qui permet aux approvisionnements de circuler entre les différents marchés en fonction de la demande et des prix.

Cependant, une capacité de stockage limitée signifie que le Royaume-Uni peut être particulièrement sensible aux variations soudaines des prix de gros. Lorsque les marchés internationaux se tendent, les acheteurs britanniques peuvent être contraints de se livrer une concurrence accrue pour obtenir les cargaisons et les approvisionnements disponibles.

Qu’est-ce qui provoque la hausse des prix du gaz en Europe ?

Les incertitudes géopolitiques sont devenues un facteur majeur de la récente hausse des prix. Les perturbations des flux énergétiques au Moyen-Orient ont affecté les marchés du GNL, tandis que les inquiétudes concernant le détroit d’Ormuz ont accru la prime de risque associée aux approvisionnements mondiaux en gaz.

Le détroit d’Ormuz est particulièrement important car une part importante des exportations de GNL du Qatar transite traditionnellement par cette voie maritime. Toute perturbation prolongée peut donc réduire la disponibilité des cargaisons pour les acheteurs européens et asiatiques.

Dans le même temps, l’Europe fait face à une réduction des approvisionnements en gaz russe par gazoduc et dépend de plus en plus des marchés mondiaux du GNL. Cette situation a profondément modifié la position énergétique du continent depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La concurrence asiatique ajoute une pression supplémentaire. Si les acheteurs asiatiques sont prêts à payer davantage pour les cargaisons de GNL disponibles, les importateurs européens pourraient devoir proposer des prix plus élevés afin d’attirer les approvisionnements.

Les ménages britanniques pourraient-ils payer davantage pour leur énergie ?

Une hausse des prix de gros du gaz peut finir par se répercuter sur les factures des ménages, mais son impact n’est généralement pas immédiat. Le plafond tarifaire d’Ofgem est révisé périodiquement, ce qui signifie que les variations des prix de gros se répercutent sur les tarifs réglementés avec un certain décalage.

Selon la House of Commons Library, la facture énergétique annuelle moyenne d’un ménage type dans le cadre du plafond tarifaire applicable de juillet à septembre 2026 s’élève à 1 663 livres sterling. Le plafond d’octobre doit augmenter de 4 %, tandis que le prix unitaire moyen du gaz passera de 7,3 pence à 8,0 pence par kilowattheure.

La récente flambée des prix de gros est donc surtout importante pour les futurs calculs du plafond tarifaire plutôt que pour une modification immédiate des factures.

Les prix de l’énergie restent par ailleurs nettement supérieurs à leurs niveaux d’avant la crise. Selon la House of Commons Library, les coûts énergétiques des ménages britanniques demeurent considérablement plus élevés qu’avant la crise énergétique de 2021-2023, malgré leur recul par rapport au pic atteint pendant cette période.

Que disent les analystes sur les perspectives d’approvisionnement pour l’hiver ?

Les analystes du secteur de l’énergie avertissent que la faiblesse des stocks accroît le risque de volatilité des prix, notamment si les températures chutent fortement ou si la production d’électricité renouvelable est inférieure aux prévisions.

Le marché européen du gaz ne fait pas nécessairement face à une pénurie physique imminente. La situation dépendra largement des conditions météorologiques, de la disponibilité du GNL, de la production norvégienne, de la demande européenne et du rétablissement des approvisionnements perturbés au Moyen-Orient.

Cependant, la marge de sécurité est plus faible que d’habitude. L’Institute of Energy Economics de l’Université de Cologne estimait en juillet que l’Europe devrait plus que doubler ses importations de GNL par rapport à leur niveau actuel afin de reconstituer suffisamment ses stocks pour atteindre une réserve hivernale proche de 80 %.

Le directeur général d’Equinor, Anders Opedal, avait également averti en juillet que l’Europe aurait probablement du mal à atteindre son objectif de stockage avant l’hiver, en raison du resserrement des marchés mondiaux du gaz et de la concurrence accrue de l’Asie.

Quelle sera la prochaine évolution des prix du gaz britannique ?

L’évolution des prix du gaz au Royaume-Uni dépendra largement de la situation sur le marché international du GNL, du niveau des stocks européens et des développements géopolitiques au cours des prochaines semaines.

Une amélioration durable des routes d’approvisionnement du Moyen-Orient ou une augmentation de la disponibilité du GNL pourrait réduire la pression sur les prix. À l’inverse, de nouvelles perturbations, un hiver plus froid que la normale ou une intensification de la concurrence pour les cargaisons pourraient provoquer une nouvelle hausse.

Pour les consommateurs britanniques, le principal risque immédiat ne réside pas nécessairement dans une pénurie de gaz, mais dans les conséquences financières d’une période prolongée de prix de gros élevés. Les entreprises fortement dépendantes du gaz pourraient également voir leurs coûts d’exploitation augmenter, tandis qu’une inflation énergétique persistante pourrait compliquer davantage la politique économique.

Le Royaume-Uni aborde l’hiver avec un système gazier capable de s’approvisionner grâce à la production nationale, aux gazoducs et aux marchés internationaux. Toutefois, sa capacité de stockage limitée le rend particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix mondiaux.

Avec des stocks européens toujours nettement inférieurs aux niveaux habituels et des prix du gaz à leur plus haut niveau depuis trois ans, les marchés et les responsables politiques surveilleront attentivement les injections dans les réserves, les flux de GNL et les prévisions météorologiques. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si la flambée actuelle des prix reste temporaire ou se transforme en un problème énergétique plus large pour les ménages et les entreprises britanniques et européennes.