Introduction :
Oman se retrouve au centre d’un différend diplomatique croissant après que l’Iran a affirmé que les deux pays coordonnaient la future gestion du détroit d’Ormuz, y compris des projets controversés visant à imposer des frais aux navires commerciaux. Cette voie maritime stratégique, par laquelle transite environ 20 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde, reste pratiquement bloquée depuis dix semaines à la suite de la campagne militaire menée plus tôt cette année par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Cette situation a ravivé les inquiétudes des gouvernements occidentaux, des États du Golfe et des marchés énergétiques mondiaux concernant la liberté de navigation, le droit maritime international et les risques d’escalade dans la région.
Pourquoi le détroit d’Ormuz est-il si stratégique ?
Le détroit d’Ormuz est l’un des passages maritimes les plus importants au monde, reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie. D’immenses quantités de pétrole et de gaz naturel liquéfié exportées par les pays du Golfe y transitent quotidiennement.
L’enclave omanaise de Musandam se situe sur la rive sud du détroit, face aux côtes iraniennes. Comme les deux pays contrôlent les eaux territoriales entourant ce passage, Téhéran affirme que cette voie maritime relève d’une juridiction commune entre l’Iran et Oman.
Les perturbations actuelles font suite à une montée des tensions régionales après les frappes américaines et israéliennes visant des installations militaires et nucléaires iraniennes plus tôt cette année. Depuis, le trafic maritime dans le détroit a été fortement perturbé, alimentant la volatilité des marchés énergétiques et les craintes concernant les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Que propose l’Iran pour le trafic maritime commercial ?
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré lors d’une visite en Inde que Téhéran discutait avec Oman de futurs arrangements concernant la gestion du détroit.
Selon les autorités iraniennes, les navires empruntant le détroit devraient s’enregistrer auprès de la nouvelle Autorité du détroit du Golfe Persique (PGSA) avant leur passage.
Dans le cadre de cette proposition, les navires devraient fournir des informations sur leur propriété et leur nationalité tout en payant des frais en rials iraniens pour des services de navigation. Des médias iraniens indiquent que ces frais pourraient atteindre environ un dollar par baril de pétrole transporté.
Téhéran soutient que ces paiements sont liés à des services maritimes et de sécurité plutôt qu’à un véritable péage. Toutefois, des diplomates occidentaux et des experts maritimes estiment que des paiements obligatoires conditionnant le passage équivaudraient dans les faits à une taxe sur le transport maritime international.
Des inquiétudes ont également été soulevées concernant l’obligation pour les compagnies maritimes d’ouvrir des comptes en rials, ce qui pourrait entraîner des complications juridiques et liées aux sanctions internationales visant le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC).
Pourquoi les gouvernements occidentaux s’opposent-ils à cette proposition ?
Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont exprimé leur opposition à tout accord susceptible de restreindre la liberté de navigation dans le détroit.
Les gouvernements occidentaux estiment que les routes maritimes internationales doivent rester ouvertes conformément aux cadres juridiques internationaux établis, notamment la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS). Bien que l’Iran ait signé cette convention en 1982, il ne l’a jamais ratifiée.
Téhéran affirme donc être principalement lié par le droit international coutumier plutôt que par les règles de transit prévues par l’UNCLOS. Les responsables iraniens soutiennent également que les droits de passage peuvent être limités lorsque la souveraineté ou l’intégrité territoriale des États côtiers est menacée.
Des diplomates britanniques et français auraient discuté avec des responsables omanais de solutions alternatives visant à garantir une navigation libre tout en évitant une confrontation directe avec l’Iran. De hauts responsables du Foreign Office britannique se sont récemment rendus à Mascate aux côtés de représentants de l’Organisation maritime internationale.
Le différend porte désormais principalement sur la question de savoir si l’Iran dispose de l’autorité légale nécessaire pour imposer des frais obligatoires et si une telle mesure pourrait créer un précédent pour d’autres voies maritimes stratégiques.
Comment Oman réagit-il à la pression diplomatique croissante ?
Oman reste jusqu’à présent très prudent publiquement malgré les affirmations iraniennes de coordination. Mascate adopte traditionnellement une position diplomatique neutre dans les conflits régionaux et joue souvent un rôle de médiateur entre l’Iran et les puissances occidentales.
Le sultanat fait désormais face à des pressions concurrentes venant de Téhéran, de ses alliés occidentaux et des pays voisins du Golfe préoccupés par la stabilité régionale et la sécurité du transport maritime.
Plusieurs gouvernements du Golfe soutiendraient des propositions défendues par le Royaume-Uni et la France favorisant une navigation libre sans restrictions politiques. Le silence prudent d’Oman laisse penser que les autorités cherchent à préserver leur marge diplomatique tout en évitant une confrontation directe avec l’une ou l’autre partie.
Les analystes soulignent que la position géographique d’Oman le rend particulièrement vulnérable à toute perturbation prolongée du commerce maritime ou à une escalade militaire dans le détroit.
Quel rôle joue la Chine dans ce différend ?
La Chine est devenue un acteur majeur de cette crise car elle importe une grande partie du pétrole iranien transitant par le détroit d’Ormuz. Des responsables iraniens ont affirmé cette semaine que des pétroliers chinois avaient été autorisés à traverser le détroit après des discussions entre Téhéran et Pékin.
Les modalités exactes de ces arrangements restent toutefois floues. Les autorités chinoises ont simplement déclaré publiquement qu’elles souhaitaient la réouverture du détroit et la fin des perturbations provoquées par le conflit régional.
Dans le même temps, les responsables américains ont averti qu’ils ne reconnaîtraient pas ce qu’ils considèrent comme des péages illégaux. L’ancien président américain Donald Trump avait précédemment affirmé que les navires acceptant de payer des frais imposés par l’Iran pourraient ne pas bénéficier de la protection des forces navales américaines.
Ces avertissements ont accru les craintes d’une nouvelle confrontation impliquant le transport maritime commercial, les forces navales et les approvisionnements énergétiques mondiaux.
Que pourrait-il se passer ensuite dans la crise du détroit d’Ormuz ?
Les négociations diplomatiques sur la future gouvernance du détroit d’Ormuz devraient s’intensifier dans les prochaines semaines alors que les puissances régionales cherchent à éviter une aggravation de la crise maritime.
L’évolution de la situation dépendra largement de la décision d’Oman d’approuver ou non certains aspects des propositions iraniennes, ou au contraire de soutenir des garanties internationales plus larges en faveur de la liberté de navigation. La réaction des grandes compagnies maritimes, des assureurs et des pays importateurs de pétrole sera également déterminante.
Toute perturbation prolongée pourrait avoir des conséquences importantes sur les prix mondiaux de l’énergie, les coûts d’assurance maritime et la stabilité géopolitique du Moyen-Orient. En parallèle, le débat juridique autour des droits de navigation internationale pourrait influencer de futurs différends concernant d’autres voies maritimes stratégiques.
Pour l’instant, le détroit d’Ormuz demeure l’un des points de tension les plus surveillés au monde, alors que gouvernements, marchés énergétiques et responsables militaires suivent attentivement l’évolution de la situation face au risque d’une nouvelle escalade.
