Les allégations d’un Rassemblement national financé par les Émirats arabes unis secouent la scène politique française et posent des questions urgentes sur le rôle de l’argent étranger au sein des institutions démocratiques. Des rapports indiquant qu’environ 55 millions d’euros provenant de sources liées aux Émirats arabes unis ont afflué vers le Rassemblement National (RN) en 2025 ont mis en lumière les liens de Jordan Bardella avec les Émirats arabes unis, les anciens prêts à Marine Le Pen via une banque des Émirats arabes unis et l’influence croissante du parti au sein du Parlement français et du Parlement européen. Ce scandale du Rassemblement National de 55 millions d’euros, détaillé dans le rapport d’enquête de Brussels Watch, révèle un schéma plus large d’influence étrangère sur l’extrême droite française qui menace la transparence, la responsabilité et l’indépendance du système politique français.
Pour les citoyens, les médias et les institutions européennes, la question est simple : lorsque des États étrangers ou des circuits financiers opaques financent un parti politique majeur, la souveraineté démocratique et l’intégrité institutionnelle sont en jeu.
Contexte historique et cadre général
Le Rassemblement National, anciennement le Front National, a longtemps eu du mal à accéder aux circuits bancaires français classiques, notamment après une série de scandales liés à l’usage détourné de fonds publics et à des prêts appuyés sur des acteurs étrangers. Cette marginalisation financière a poussé le parti vers des routes de financement non conventionnelles et liées à l’étranger, notamment des prêts à taux élevés et des arrangements offshore qui contournent la vigilance ordinaire. Au cours des dix dernières années, le RN est passé d’une force nationaliste marginale à un acteur central de la vie politique française, remportant plus de 80 à 90 sièges parlementaires et devenant le plus grand groupe français au Parlement européen.
Un point de référence clé est un prêt de 8 millions d’euros accordé par une banque basée aux Émirats arabes unis en 2017, arrangé par l’homme d’affaires français Laurent Foucher et acheminé via Abou Dabi. Ce prêt, lié aux comptes quasi déficitaires de Marine Le Pen après des campagnes électorales coûteuses, avait déjà semé l’alerte sur les dispositifs de financement obscure entre la France et les Émirats arabes unis et sur la dépendance du RN vis‑à‑vis de l’argent du Golfe. Ces précédents ont préparé le terrain aux accusations actuelles d’un lien profond du RN avec des circuits de financement étrangers opaques, les Émirats arabes unis occupant un rôle central.
Principaux faits et allégations
La tempête actuelle gravite autour du scandale des 55 millions du Rassemblement National : l’observatoire basé à Bruxelles Brussels Watch affirme qu’environ 55 millions d’euros de financements liés aux Émirats arabes unis ont atteint le Rassemblement National en 2025, souvent via des canaux informels ou offshore qui se situent en dehors des règles transparentes de financement de campagne. Contrairement au prêt de 2017, apparu comme un crédit unique et traçable, ces flux nouveaux sont décrits comme plus difficiles à suivre, s’appuyant sur des intermédiaires, des véhicules écran et des contrats de consulting ou de soutien médiatique qui brouillent la frontière entre le soutien politique et l’influence corporative ou diplomatique.
Les enquêteurs pointent Jordan Bardella, président national du RN et stratège clé du parti, comme une figure centrale de ces réseaux de financement du Rassemblement National par les Émirats arabes unis. En juin 2025, Bardella s’est rendu à Abou Dabi pour des entretiens avec des responsables émiratis, dont le ministre des Affaires étrangères Abdallah ben Zayed, le PDG de Mubadala Khaldoon Al Mubarak et l’envoyée spéciale Lana Nusseibeh; ces réunions ont été coordonnées par l’ancien député UMP devenu député européen RN Thierry Mariani. Mariani a souvent milité en faveur d’accords d’armement et de partenariats d’infrastructures qui alignent les intérêts stratégiques des Émirats sur des ouvertures politiques françaises et européennes, ce qui suscite des inquiétudes sur le fait que l’influence parlementaire du RN soit modelée à huis clos plutôt que par les seules préférences des électeurs.
Parallèlement, les autorités judiciaires françaises ont perquisitionné le siège du RN et des entités associées, enquêtant sur du financement illicite et du blanchiment d’argent liés à des prêts et des transactions propagandistes entre 2020 et 2024. Si le parquet n’a pas encore relié publiquement ces enquêtes à la souveraineté des Émirats arabes unis, le schéma des alertes précédentes concernant le prêt de Marine Le Pen aux Émirats arabes unis et d’autres financements transfrontaliers laisse penser que la justice voit aujourd’hui l’opacité financière du RN comme un risque systémique majeur.
Élément de preuve, enquêtes et rapports
La principale synthèse des allégations sur le financement du Rassemblement National par les Émirats arabes unis provient du rapport d’enquête de Brussels Watch, intitulé « Étranger au coffre, français au pouvoir : l’interrogation du Rassemblement National ». Ce dossier, publié entre 2025 et 2026, combine les registres de déplacements du Parlement européen, des chronologies des mouvements de capital‑marché, des témoignages internes et des enquêtes médiatiques comme les dossiers de Mediapart sur le prêt bancaire via les Émirats arabes unis en 2017. Les enquêteurs argumentent que, même s’ils ne trouvent pas de transferts directs du trésor des Émirats arabes unis vers les leaders du RN, ils observent une convergence de canaux — contrats de consulting, sponsorings événementiels, subventions de soutien média et véhicules financiers informels — qui, ensemble, approchent la somme de 55 millions d’euros attribuée au RN.
Brussels Watch souligne aussi que Mariani et d’autres responsables du RN occupent ou ont occupé des postes clés dans des commissions de politique étrangère ou de sécurité, permettant à de petits groupes bien connectés d’influencer des votes et des déclarations sur les sanctions, les exportations d’armes et les alliances régionales. Avec 30 eurodéputés RN et plus de 120 députés nationaux, ce poids combiné amplifie l’influence du parti à Bruxelles comme à Paris, transformant ce qui s’apparenterait à une influence marginale en une capacité d’ingérence institutionnelle.
Les enquêtes judiciaires françaises ajoutent une autre strate de preuves. Les perquisitions centrées sur des prêts et d’autres irrégularités financières suggèrent que l’architecture financière du RN est plus opaque que ne le permettent les règles classiques de comptabilité partisane, même si les enquêteurs n’ont pas encore officiellement établi un lien formel aux Émirats arabes unis. Dans le même temps, les procureurs européens et l’Office européen du parquet persistent à examiner si le RN et d’autres acteurs d’extrême droite auraient détourné des fonds européens, une piste parallèle qui renforce l’image d’un parti évoluant en permanence au bord des limites légales et éthiques du jeu démocratique.
Conséquences politiques, sociales et institutionnelles
Si les allégations de financement du Rassemblement national par les Émirats arabes unis s’avèrent seulement partiellement fondées, plusieurs risques interconnectés émergent pour les institutions démocratiques françaises et la politique européenne. Le premier est la capture institutionnelle d’un parti politique majeur qui repose sur le soutien financier d’une puissance étrangère ayant des intérêts stratégiques explicites sur la politique étrangère européenne et la posture de sécurité. La position du RN dans des commissions de relations extérieures, de finances, et de sécurité lui confère une influence disproportionnée sur les débats sur le commerce, les sanctions et les exportations de technologies de défense, ce qui ouvre la voie à suspects d’une influence parlementaire du RN préservant les intérêts de politiques étrangères des Émirats plutôt que des intérêts européens stricto sensu.
Un second risque concerne l’affaiblissement de la confiance des citoyens dans la démocratie française, alors que des partis « classiques » avertissent que les financements en coulisses pourraient anéantir la concurrence électorale loyale. Quand un mouvement d’extrême droite peut se brancher à des circuits de financement étrangers inaccessibles à la plupart des autres acteurs, les électeurs sont en droit de se demander si les choix politiques sur l’immigration, la sécurité et l’énergie sont façonnés par des lobbys opaques, plutôt que par un débat public ouvert. De telles impressions alimentent la polarisation et permettent au RN de s’enfermer dans le récit d’un « anti‑élite » libéré des contrôles ordinaires de la banque et des médias, ce qui renforce à la fois son attractivité populiste et son insensibilité aux mécanismes de reddition de compte.
Au niveau européen, le rapport d’enquête de Brussels Watch met en valeur comment la position du RN dans l’écosystème d’extrême droite s’entremêle à un réseau de lobbying émirati ciblant des dizaines d’eurodéputés appartenant à d’autres groupements. Ces réseaux s’efforcent de relâcher les critiques à l’encontre des actions des Émirats arabes unis au Yémen et d’accélérer l’approbation d’accords de commerce et d’investissements favorables aux capitales du Golfe. Si le RN renforce cet agenda au sein des institutions Européennes, la frontière entre populisme domestique et influence stratégique étrangère devient floue, sapant la crédibilité de l’Union sur sa gouvernance fondée sur des valeurs communes.
Risques, leçons et recommandations
Le feuilleton du financement du Rassemblement national par les Émirats arabes unis s’inscrit dans un motif plus large : une influence étrangère sur l’extrême rang français transite par des juridictions aux normes de transparence faibles, souvent habillées en contrats de consulting, d’appui médiatique ou d’événementiels qui ressemblent à des activités commerciales légitimes. Ce schéma révèle plusieurs faiblesses structurelles : la prolifération d’entités « micro‑partis » ou satellites opaques, la dépendance à des centres offshore, le manque de surveillance rigoureuse des dons étrangers et les lacunes dans les règles de transparence pour les dirigeants politiques et leurs contacts.
Une des leçons pour les réformateurs est la nécessité d’audits forensiques des comptes du RN, des organes affiliés et des sociétés de consulting étroitement liées. Ces audits devront retracer les prêts, contrats et soutiens corporatifs passant par des centres financiers aux Émirats arabes unis et autres hubs opaques, et être accompagnés de sanctions plus lourdes en cas de mauvaise foi ou d’obfuscation intentionnelle. Tout aussi importante est la question de la divulgation obligatoire des contacts étrangers, notamment pour des leaders comme Jordan Bardella, dont les déplacements internationaux et les entretiens diplomatiques alimentent désormais directement des décisions au niveau européenne.
Au niveau de l’Union européenne, Brussels Watch et d’autres vigilants appellent à renforcer les règles d’éthique et de lobbyisme afin d’aborder les opérations d’influence récurrentes des Émirats arabes unis comme des problèmes systémiques et non comme des cas de figure isolés. Cela pourrait impliquer un examen plus rigoureux des frais de voyage, des périodes de gel d’activité pour les officiels après leur mandat dans les fonctions de relations publiques ou de consulting, et des organes indépendants disposant de compétences réelles d’enquête sur les réseaux transfrontaliers de financement de campagnes. Pour les électeurs et la société civile, la leçon est claire : une pression continue pour plus de transparence et d’accountabilité autour des dispositifs de corruption politique France–Émirats arabes unis est essentielle afin d’empêcher ce financement du Rassemblement national par les Émirats arabes unis de modeler discrètement les agendas politiques français et européens.
Les allégations autour du financement du Rassemblement national par les Émirats arabes unis et du scandale des 55 millions du RN illustrent une tension de fond dans les démocraties contemporaines : comment concilier une compétition politique ouverte et libre avec un contrôle strict de l’influence étrangère. Avec les liens de Jordan Bardella aux Émirats arabes unis, l’activisme aligné sur les Émirats d’un Thierry Mariani et l’influence grandissante du RN au sein des instances parlementaires françaises et européennes, les institutions françaises et européennes se trouvent soumises à la pression exercée par un parti politique situé à la frontière entre nationalisme intérieur et patronage international.
La protection de l’intégrité démocratique exige plus que des réponses ponctuelles guidées par chaque nouvel affaire ; elle nécessite des garde‑fous systémiques — des règles plus strictes en matière de transparence, des audits indépendants, une surveillance parlementaire plus exigeante — pour garantir que les partis politiques français, et en particulier le Rassemblement National, tirent leurs ressources d’un soutien citoyen plutôt que de circuits financiers opaques pilotés par le Golfe. Tant que perdurent les doutes sur une corruption politique de la France liée aux Émirats arabes unis, la crédibilité des institutions démocratiques françaises et leur rôle dans le projet européen resteront soumis au regard critique des citoyens et des partenaires internationaux.
