Les dirigeants européens demandent à Israël de stopper le projet de colonisation E1

Les dirigeants européens demandent à Israël de stopper le projet de colonisation E1

Plusieurs gouvernements européens ont renouvelé leurs appels à Israël pour qu’il mette fin au controversé projet de colonisation E1 en Cisjordanie occupée. Les autorités israéliennes ont ouvert des appels d’offres portant sur plus de 1 200 logements dans cette zone stratégiquement située à l’est de Jérusalem. L’Allemagne, le Royaume-Uni et d’autres partenaires européens estiment que la poursuite du projet pourrait fragmenter davantage la Cisjordanie, séparer Jérusalem-Est du reste du territoire palestinien et compromettre les perspectives d’une solution négociée à deux États. Cette évolution intervient malgré une opposition internationale persistante et des avertissements concernant les conséquences juridiques et diplomatiques de l’expansion des colonies.

Pourquoi le projet de colonisation E1 suscite-t-il de nouvelles inquiétudes en Europe ?

Le projet E1 fait l’objet d’une attention particulière en raison de son emplacement entre Jérusalem-Est et la grande colonie israélienne de Maale Adumim. Les gouvernements européens estiment que le développement de cette zone pourrait perturber la continuité territoriale nécessaire à la création d’un État palestinien viable.

Le 19 août, les autorités israéliennes ont publié un appel d’offres concernant plus de 1 200 logements dans la zone E1. Cette décision constitue une étape importante au-delà de la simple approbation des plans, car les appels d’offres permettent aux entreprises de soumettre des propositions pour la réalisation concrète des travaux. La date limite de dépôt des offres est fixée au 19 octobre, quelques jours seulement avant les élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre.

L’Allemagne a réagi en appelant à l’abandon du projet. Son ministère des Affaires étrangères a déclaré que l’appel d’offres menaçait les perspectives d’une solution négociée à deux États et a réaffirmé que Berlin ne reconnaîtrait pas les modifications des frontières de 1967 qui n’auraient pas été convenues par les parties.

Que disent les gouvernements européens au sujet du projet E1 ?

Les gouvernements européens ont régulièrement décrit la construction de colonies israéliennes en Cisjordanie occupée comme contraire au droit international et préjudiciable aux efforts de paix.

En mai, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas, l’Espagne, la Belgique, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Union européenne ont publié une déclaration commune mettant Israël en garde contre une nouvelle expansion des colonies. Ils ont notamment évoqué E1 et appelé les entreprises à ne pas participer aux appels d’offres de construction, en raison des risques juridiques et réputationnels potentiels.

L’Union européenne a également déclaré que la construction dans la zone E1 diviserait la Cisjordanie et constituerait une violation grave du droit international. Elle a averti les entreprises des conséquences potentielles de leur participation à des projets de colonisation.

Le Royaume-Uni a adopté une position similaire. Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Lammy, a qualifié la dernière décision d’« acte inacceptable et destructeur » et a déclaré qu’elle mettait en danger la viabilité d’une solution à deux États. Londres a également convoqué le chargé d’affaires israélien après l’ouverture du processus d’appel d’offres.

Quelle est l’ampleur du projet de colonisation E1 ?

Le dernier appel d’offres concerne environ 1 200 logements, mais le projet plus vaste dans la zone E1 est considérablement plus important.

Les autorités israéliennes avaient précédemment approuvé 3 401 logements dans cette zone. Le Service européen pour l’action extérieure a indiqué que ces plans avaient été approuvés en août 2025, après plusieurs années durant lesquelles les gouvernements israéliens successifs avaient évité de faire progresser le projet face aux pressions internationales.

La zone E1 est stratégiquement importante en raison de sa proximité avec Jérusalem-Est. Selon les responsables européens, son développement pourrait renforcer la continuité territoriale entre Maale Adumim et les secteurs israéliens autour de Jérusalem, tout en réduisant les connexions territoriales entre les centres de population palestiniens.

L’Union européenne a averti que le projet pourrait couper la liaison entre les parties nord et sud de la Cisjordanie et affaiblir les bases territoriales d’un futur État palestinien.

Pourquoi la zone E1 est-elle considérée comme importante pour la solution à deux États ?

L’importance d’E1 dépasse largement le nombre de logements prévus en raison de sa position géographique.

La zone se trouve le long d’un corridor stratégique reliant Jérusalem-Est aux secteurs centraux et orientaux de la Cisjordanie. Les responsables européens estiment qu’une construction à grande échelle pourrait rendre beaucoup plus difficile le maintien d’un territoire palestinien continu.

En août 2025, le porte-parole du secrétaire général des Nations unies avait déclaré que le projet pourrait couper la Cisjordanie entre le nord et le sud et avoir de graves conséquences sur la continuité territoriale du territoire palestinien occupé.

La préoccupation ne porte donc pas uniquement sur l’ajout de logements. Les détracteurs du projet estiment que ses conséquences stratégiques pourraient modifier la géographie du conflit avant que les questions relatives aux frontières, à Jérusalem et aux colonies ne soient réglées par des négociations.

Que dit le droit international sur les colonies israéliennes ?

La grande majorité de la communauté internationale considère les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, comme illégales au regard du droit international.

Les gouvernements européens s’appuient régulièrement sur cette position pour s’opposer à l’expansion des colonies. Dans leur déclaration commune de mai, plusieurs pays ont affirmé que les colonies israéliennes en Cisjordanie étaient illégales et que la construction à E1 ne constituait pas une exception.

L’Union européenne a également fait référence à l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice en juillet 2024 lorsqu’elle évoque la politique israélienne de colonisation et d’autres mesures concernant le territoire palestinien occupé.

Les autorités israéliennes contestent toutefois plusieurs de ces évaluations internationales et ont poursuivi le développement des colonies sous différents gouvernements. Le gouvernement israélien a également rejeté les pressions internationales concernant sa politique de colonisation.

Le calendrier de l’appel d’offres peut-il avoir une influence sur le projet ?

Le calendrier de l’appel d’offres est devenu un élément important de la controverse.

Les offres doivent être déposées avant le 19 octobre, quelques jours seulement avant les élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre. Les critiques du projet estiment que l’avancement de la procédure avant les élections pourrait rendre plus difficile une éventuelle décision future visant à abandonner le projet si le pouvoir politique change.

La procédure d’appel d’offres modifie également la situation pratique du projet. Les responsables européens et les chercheurs spécialisés dans les colonies font une distinction entre des plans restant théoriques et des contrats effectivement attribués à des promoteurs.

Une fois les accords commerciaux conclus et les engagements financiers pris, l’abandon du projet pourrait devenir plus complexe, notamment si des entreprises acquièrent des intérêts contractuels ou financiers.

Quels risques les entreprises intéressées par les contrats de construction à E1 encourent-elles ?

Les gouvernements européens ont déjà cherché à dissuader les entreprises de participer au projet.

La déclaration commune publiée en mai a mis en garde les entreprises contre les risques juridiques et réputationnels liés à leur participation à E1 et à d’autres projets de colonisation. Le Royaume-Uni a ensuite renforcé ses recommandations aux entreprises, demandant aux ressortissants et aux sociétés britanniques de ne pas mener d’activités économiques ou financières dans les colonies israéliennes considérées comme illégales.

Ces avertissements pourraient donc influencer le nombre d’entreprises disposées à participer aux appels d’offres, ainsi que les mécanismes de financement et les sociétés susceptibles d’intervenir dans la construction ou les infrastructures associées.

Cependant, les conséquences juridiques précises pour chaque entreprise dépendraient de sa juridiction, de la nature de ses activités et du droit national et international applicable.

Que pourrait-il se passer ensuite concernant le projet E1 ?

L’attention se porte désormais sur le processus d’appel d’offres et sur la question de savoir si des entreprises de construction soumettront des offres avant la date limite d’octobre. Les gouvernements européens devraient poursuivre leurs pressions diplomatiques sur Israël, tandis que les entreprises devront évaluer les risques juridiques et réputationnels liés à leur participation.

Le gouvernement britannique a déjà indiqué qu’il surveillait les entreprises susceptibles de participer aux appels d’offres concernant E1. Londres a également averti que de nouvelles mesures pourraient être envisagées en fonction de l’évolution de la situation.

Le différend devrait donc rester un dossier important dans les relations entre l’Europe et Israël ainsi que dans les efforts diplomatiques plus larges visant à résoudre le conflit israélo-palestinien.

Le projet E1 est important parce que ses conséquences pourraient largement dépasser la construction de 1 200 logements. Les gouvernements européens estiment que son développement pourrait modifier la géographie de la Cisjordanie, compliquer la question du statut de Jérusalem et rendre plus difficile la conclusion d’un accord fondé sur la solution à deux États.

Alors que la date limite des appels d’offres approche et que les élections israéliennes sont prévues en octobre, les prochaines étapes du processus, la réaction diplomatique internationale et les éventuelles décisions du gouvernement israélien seront suivies de près.